Marie Jaëll


Biographie

Née en 1846 à Steinseltz en Alsace, Marie Jaëll commence le piano à l’âge de 6 ans. Parcourant l’Europe et les cours princières, à 10 ans déjà elle donne à Paris une série de sonates avec le violoniste Guillaume Bauerkeller qui n’a lui-même que 13 ans. A 20 ans, elle épouse un pianiste, Alfred Jaëll, avec lequel elle poursuit sa vie brillante de virtuose, et c’est à 22 ans qu’elle rencontre Liszt.

En l’écoutant jouer à Rome, elle découvre « des facultés auditives » qu’elle ne pensait pas avoir. Agée de 35 ans, c’est après la mort de son époux qu’elle vit un grand tournant de sa vie.

Invitée à Weimar par Liszt, elle entame une longue période d’observation du pianiste et du compositeur et constate que le jeu du célèbre professeur obéit à des lois qui étaient, à l’époque, insoupçonnées.

Elle sera l’une des premières femmes admises à la Société des Compositeurs de Paris. Interprète remarquable, elle donnera l’intégrale pour piano de Liszt et de Schumann, et sera la première à jouer les 32 Sonates de Beethoven. Mais à 45 ans elle renoncera à la gloire d’une vie « publique » pour se consacrer entièrement à la recherche des « lois artistiques », en étudiant les sciences telles l’anatomie, la physiologie, la physique, la chimie, les mathématiques, la psychologie.

S’il fallait en quelques lignes caractériser la pensée, l’œuvre et la méthode de Marie Jaëll, rien ne conviendrait mieux que cette citation extraite d’un de ses ouvrages! « Le corps et l’esprit, le mouvement et la pensée sont une même force. L’énergie du mouvement est en rapport avec l’intensité de la représentation mentale de ce même mouvement ».

II s’agit de promouvoir chez le pianiste ou chez ceux qui pratiquent d’autres instruments, un travail, tout d’intensité intérieure, qui associe divers « états » de motricité, de sensorialité et de conscience jusqu’aux « représentations mentales » qui les lient les uns aux autres et qui sont garantes de l’unité intérieure de l’artiste.

Telle est en somme la démarche si étonnamment moderne de cette « grande femme » qui au tournant si fécond des deux siècles, après avoir connu les triomphes aristocratiques des virtuoses sut, la quarantaine venue, se retirer jusqu’à sa mort dans le secret de son laboratoire intime, ne cultivant plus dans le monde que quelques relations choisies.